Hautes-Alpes : le refuge de la honte à Manteyer condamné

Hautes-Alpes : le refuge de la honte à Manteyer condamné

JUSTICE / Un père accompagné de sa fille et de son fils ont été poursuivis pour 24 infractions allant de la maltraitance animale à des ventes irrégulières de chiens

 

- Hautes-Alpes -

 

Le refuge de la honte à Manteyer condamné. Poursuivis pour 24 infractions allant de la maltraitance animale à des ventes irrégulières de chiens, un père et une fille ont été jugés coupables ce jeudi à l’instar du fils à qui l'on reproche une infraction de moins. Le patriarche est condamné à 18 mois de prison avec sursis, à 28.700 euros d’amende, à une interdiction définitive de posséder des animaux domestiques ainsi que de pratiquer une profession en contact avec les animaux durant 5 ans. Idem pour ses enfants à l’exception de la peine de prison qui s’élève à 12 mois avec sursis dont 3 ans en probatoire pour sa fille. 

 

« On subit ! » Guy Jullien, ancien maire de Manteyer et voisin incommodé

 

« L’intention était de bien faire un élevage mais si on se retrouve là, c’est que ce n’est pas une réussite ». L’euphémisme d’un père de famille accompagné de son fils à la barre du tribunal correctionnel de Gap le 28 octobre dernier. Tout commence en juin 2019 lorsque la présence de nombreux chiens dans cette propriété de Manteyer, au lieu-dit Les Allemands suscite la réaction du voisinage. Ils signent notamment une pétition pour se plaindre des nuisances sonores auprès du maire de l’époque et aujourd’hui partie civile, Guy Jullien. Une installation familiale au nom de Théo qui devient rapidement un élevage exploité par Lara et géré par Jean-Pierre. Un trio qui se transforme rapidement en duo car pour le fils, « ce ne sont pas mes affaires ! J’ai juste rendu service à ma famille ». En effet, cet élevage est sensé être le cadeau d’un père pour sa fille qui aime les animaux mais qui souffre de phobie sociale, d’un sentiment de persécution et de troubles bipolaires. « Un peu de réconfort même s’il sait que ce n’est pas la solution » pour la défense mais le gros hic est l’état de cet élevage. Après une mise en demeure en juillet 2020, les services de l’État interviennent le 5 août et le constat a de quoi donner des cauchemars à tous les amis des animaux : l’eau est verte, des odeurs de putréfaction et de défection émanent, les abris sont trop petits et les auges insuffisantes en nombre, ce qui poussent les chiens à se battre et à se blesser. Au total, 34 chiens ont été placés et mis à l’abri auprès de la fondation « Assistance aux animaux » qui s’est également portée partie civile.

 

Le berger nordique, une race inventée de toutes pièces

Ce tragique spectacle ne s’arrête pas là car des pratiques commerciales trompeuses ont également été réalisées en inventant tout simplement une race pour attirer plus facilement des acheteurs au travers d’annonces mensongères. En effet, à la suite d’une portée inopinée d’un border collier et d’un husky qu’on a appellé « borsky », Jean-Pierre n’aimait pas le nom et a ainsi créé le berger nordique. Dans un bon mot, la présidente du tribunal Sophie Boyer souligne « qu’ on n’est plus dans le border collier mais dans le borderline ». Un autre euphémisme pour les avocats des cinq parties civiles et le substitut du procureur de Gap, Sébastien Bautian. Alors que le parquet clamait qu’il « fallait que ça s’arrête », ses réquisitions ont été suivies par le tribunal. Quant aux parties civiles, elles ont été reconnues et compensées financièrement.

 

C.Lourenço