Hautes-Alpes : Gilles Norotte, un homme en colère à la barre

Hautes-Alpes : Gilles Norotte, un homme en colère à la barre

JUSTICE / Trois jours de procès ont débuté ce mercredi pour cette fameuse affaire de la cimentoplastie discale, technique considérée comme « expérimentale » que le chirurgien gapençais a pratiqué sur 126 patients entre 2015 et 2017

 

- Hautes-Alpes -

 

Gilles Norotte, un homme qui se dit en colère à la barre : c'est avec ces mots que le chirurgien orthopédique s’est décrit ce mercredi à l’occasion du premier jour de ces trois journées de procès au tribunal correctionnel de Gap. Trois jours pour la fameuse affaire de la cimentoplastie discale, technique considérée comme « expérimentale » que le praticien gapençais a pratiqué sur 126 patients entre 2015 et 2017. C’est bien là que Gilles Norotte veut amener le débat car pour lui, ce n’est pas une expérimentation et il va pouvoir enfin l’expliquer. 

 

« J’ai fait preuve d’une information claire et loyale pour le consentement de mes patients », Gilles Norotte

 

Poursuivi pour des « infractions de recherches biomédicales sans autorisation et sans consentement commises sur la période courant de janvier 2015 à courant décembre 2017 », Gilles Norotte ne considère pas la cimentoplastie discale comme une pratique expérimentale. Pour rappel, cela consiste à injecter une sorte de ciment dans les disques de la colonne vertébrale plutôt que dans les vertèbres. Le but est ainsi d’agir directement sur la douleur des patients, souvent âgés et fragiles, qui supporteraient très mal une opération plus lourde. Une fameuse balance bénéfice-risque en faveur de cette pratique selon le praticien qui s’appuie sur près de 2.000 articles scientifiques depuis 1985, des conférences entre professionnels de la chirurgie rachidienne et surtout le travail poussé du docteur hongrois Peter Varga, référence mondiale de la spécialité. Des conclusions partagées par de nombreux confrères dont ces deux témoins de la défense : Nicolas Bronsard du CHU de Nice et Thierry Craviari, collègue durant 22 ans de Gilles Norotte qui a décidé de quitter le CHICAS de Gap suite à la suspension du prévenu par la direction de l’hôpital.

 

Le CHICAS de Gap au coeur de la tempête

Un hôpital qui a été fortement chamboulé en février 2021 avec de nombreuses démissions et arrêts maladies en raison notamment du conflit entre les docteurs Gilles Norotte et Raouf Hammami, ce dernier qui a dénoncé ces pratiques en novembre 2018 auprès du procureur de Gap. « Un pseudo- lanceur d’alerte » selon les dires du prévenu qui l’a plongé dans un « tsunami médiatique » et qui « a atteint son objectif : détruire le service de chirurgie orthopédique ». Telle est la toile de fond de ce procès qu’on peut juger d’extraordinaire vu le nombre de personnes présentes lors de l’audience et le dispositif de caméras mis en place pour pouvoir retransmettre les débats dans la salle attenante.

 

« J’ai eu des témoignages de patients reconnaissants et tristes de son départ », Thierry Craviari

 

Face à la défense, les parties civiles sont composées de quatre avocats qui représentent 15 anciens patients de Gilles Norotte. 15 sur les 126 victimes qui ont été avisées à témoigner à l’instar de l’adjudant-chef Anne Dupont de l’office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique. En charge de l’enquête préliminaire, elle s’intéresse uniquement à l’encadrement de cette pratique et estime qu’il s’agit d’un acte de recherches biomédicales dans le cadre des réglementations juridiques actuelles. « C’est historique. Les chirurgiens ne suivent pas l’évolution de la loi et préfère s’appuyer sur leurs plus éminents collègues », conclut la militaire basée à Marseille.

 

C.Lourenço