Hautes-Alpes : pédocriminalité dans l'Église, « derrière ces chiffres, il y a des visages, des vies brisées »

Hautes-Alpes : pédocriminalité dans l'Église, « derrière ces chiffres, il y a des visages, des vies brisées »

RELIGION / Monseigneur Xavier Malle, évêque du diocèse de Gap et d'Embrun, était l'invité du "8:30" ce matin et revenait sur le rapport Sauvé

 

- Hautes-Alpes - 

 

C’est un séisme pour l’Église en France après la présentation du rapport de la CIASE, nommée aujourd’hui du nom de son président le rapport Sauvé. Un rapport sur la pédocriminalité dans l’Eglise qui fait état de 216.000 victimes d’abus sexuels commis par des religieux ou clercs, 330.000 si l’on ajoute les victimes de laïcs en mission. L’Église est l’institution où le taux de violences sexuelles sur mineurs est le plus élevé après la famille, « je ne pouvais m’imaginer l’ampleur des choses » réagit sur Alpes 1 Monseigneur Xavier Malle, évêque du diocèse de Gap et d’Embrun.

 

Dès 2017, une cellule de veille et d’écoute mise en place au sein du diocèse

Monseigneur Xavier Malle a été de ceux qui ont « demandé pardon ». Il l’avait d’ailleurs écrit dans sa lettre épiscopale d’octobre 2018, « mon état d’esprit est celui d’un père de famille qui va demander pardon à son voisin à qui son enfant a causé un grand tort. Ce tort est d’abord et principalement fait aux personnes victimes et à leur famille. C’est ensuite un tort fait à l’ensemble des chrétiens. C’est aussi une offense à notre Dieu Trinité dont le cœur doit saigner. C’est enfin un tort fait aux très nombreux prêtres fidèles ». Un état d’esprit qui n’a pas changé depuis, « je connais la gravité de ces faits, les conséquences sur ces personnes car derrière ces chiffres, il y a des visages, des vies brisées. Peut être que ce rapport permettra à d’autres personnes victimes de venir à la lumière ».

 

« Derrière ces chiffres, il y a des visages, des vies brisées », Monseigneur Xavier Malle

 

La cellule de veille et d’écoute poursuit ses missions, « elle a été mise en place pour me conseiller, ne pas faire d’erreurs. Quand on est curé de campagne, on n’est pas préparé à cela ». Dès son arrivée au sein du diocèse, Monseigneur Xavier Malle a notamment été face à un dossier des plus complexes d’abus sexuels commis par un religieux, « il était encore en fonction. Quand je l’ai rencontré, il niait les choses. J’ai pris conseil car il ne pouvait pas rester, j’ai demandé à son supérieur de le retirer de ses missions ». L’évocation certaine du cas de Dominique Cerbelaud visé par trois plaintes déposées à Toulouse pour agressions sexuelles. Frère dominicain à l’abbaye de Boscodon, il avait fait ses adieux forcés en septembre 2018.

 

Entre le secret absolu de la confession et la loi française

Depuis la publication du rapport Sauvé, les propos du président de la Conférence des évêques, Eric de Moulins-Beaufort, suscite la polémique. Il estimait sur France info que le secret de la confession « est plus fort que la loi de la République » estimant également qu’il fallait trouver « un moyen de faire autrement » et décider de mesures précises. « Nous allons prendre le temps de lire ce rapport sérieusement car le secret de la confession est important, absolu », poursuit Monseigneur Xavier Malle. Avant de terminer sur cette déclaration, « en tant qu’évêque, nous sommes les pères des prêtres mais aussi les pères des victimes ».

Retrouvez l'entretien de Monseigneur Xavier Malle ici

 

C. Cava Michard