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Hautes-Alpes : les Radeliers ont bravé la Durance ce dimanche

CULTURE / Parties de la plage de Saint-Clément-sur-Durance, les deux embarcations ont relié en 2 heures les 17 kms qui les séparent de la plage sud d'Embrun.

 

- Hautes-Alpes -

 

Deux embarcations avec 9 radeliers courageux à leur bord et qui ont réalisé une prouesse, en domptant la Durance ce dimanche après-midi. Une tradition, une histoire, un moyen de transport, un métier que des passionnés, regroupés en association depuis 1993 « les Radeliers de la Durance », première association française de Radeliers, font revivre lors de cette reconstitution historique annuelle.

Un devoir de mémoire de ce métier ancestral. « Nous faisons cela pour le plaisir et la mémoire de nos anciens, savoir ce qu'ils faisaient, comment ils vivaient, les risques qu'ils prenaient, car aujourd'hui on ne prend aucun risque : nous avons des combinaisons, des gilets de sauvetage, des rafts qui nous suivent avec un médecin. On a des pompiers, on a une ambulance, tandis qu'eux ils naviguaient sans cela, à l'aveugle. C'est extraordinaire, ils naviguaient avec la tenue de tous les jours », raconte Alain Lefevre, vice-président de l'association des « Radeliers de la Durance ».

 

Savoir dompter la Durance

Parties de la plage de Saint-Clément-sur-Durance, les deux embarcations ont relié en 2 heures les 17 kms qui les séparent de la plage sud d'Embrun. Une navigation difficile qui ne laisse aucune place à l'approximation. De nombreux Haut-Alpins sont venus sur les berges de ce long parcours, pour admirer la dextérité des capitaines. La Durance ça se dompte. « Ce n’est pas la manœuvre qui est compliquée. C'est la lecture de la rivière, savoir comment se placer à l'avant pour passer un rapide. Il faut savoir anticiper et lire la rivière, afin de deviner où on sera 200 mètres plus loin. Ce n'est vraiment pas évident », explique Dominique Goninet, capitaine d'une des embarcations. À l'époque, ils parcouraient plus de 250 kms. Il les faisaient en 3 ou 5 jours. Il arrivait qu'ils naviguent de nuit.

 

 

Un devoir de mémoire

Dès l’Antiquité et jusqu’à la fin du XIXème siècle, le flottage sur la Durance a permis notamment l’acheminement des grumes de bois de Guillestre jusqu’à Arles (Bouches-du-Rhône) en passant par Sisteron, sur plus de 260 km de voies navigables. Durant des siècles, évitant les routes et les chemins caillouteux de montagne, des radeaux étaient utilisés pour l’acheminement de troncs de mélèzes, pins cembros, ou d’épicéas du Queyras, ou les sapins des forêts domaniales locales comme bois d’œuvre et de charpente, bois de chauffage, mais aussi comme bois de marine.

De par leur qualité, les chantiers navals de la Méditerranée (Toulon) ont ainsi beaucoup consommé de bois de la Haute-Durance, du XVIIème au XIXème siècle, pour la construction de pièces plus ou moins grandes pour les bateaux de la Royale. Mais la radellerie fut aussi une aventure humaine. Des marins de rivière de tous âges, lancés quotidiennement à l’assaut des eaux tumultueuses et parfois dangereuses de la Durance, pour le transport de ces bois si précieux pour l’économie et le prestige militaire du pays. Un métier qui vit sa fin à l’avènement du chemin de fer, à la fin du XIXème siècle et à l’aménagement de véritables routes carrossables.

Aujourd'hui, l'association des « Radeliers de la Durance » garde leur bois pour l'année prochaine, où ils ont promis une grande fête, qui devrait se passer sur deux jours, avec un départ de L’Argentière-la-Bessée.