Claire Bertrand a ouvert son atelier de restauration de pianos en novembre 2013 dans les Hautes-Alpes. Le piano, une passion qu’elle acquiert dès l’âge de 9 ans, d’abord en tant que musicienne, avant d’en être technicienne. « Le fait de faire revivre des instruments qui ne sonnent plus du tout et de passer des heures et des heures, pour avoir au final un rendu magnifique, c’est toujours plaisant ». Bien qu’ayant quitté Paris, Claire Bertrand garde des contacts étroits avec son ancien employeur. C’est là-bas qu’elle a connu Samé, un Cisjordanien, formé à la restauration de pianos grâce à l’association Music Fund. C’est pour poursuivre sa formation, mais aussi pour aider l’école de musique locale, que l’association a proposé à Claire Bertrand de partir à Gaza. « Ça m’a tout de suite emballée. Je n’ai pas hésité. L’idée de continuer à former Samé me plaisait bien. J’ai dit banco. »
Sur place, les conditions ne sont pas faciles, « mais la vie continue et les gens vivent normalement »
Le conflit israélo-palestinien dure depuis 1948 entre communautés juives et musulmanes. « C’est vrai. Avant de partir, j’ai très peu regardé les informations que l’on peut trouver chez nous. Elles sont toujours liées aux drames que l’on peut trouver là-bas, aux meurtres, aux guerres, au désastre », explique sur Alpes 1 Claire Bertrand. « Sur place, je me suis rendu compte que la vie continue. Elle est certes pas facile, mais la vie continue et les gens vivent normalement ». Gaza, 360km² de terres palestiniennes gérées par le groupe islamiste armé du Hamas et fermées au cœur d’Israël. « Les images qui me marquent, ce sont tous ces immeubles détruits. Le béton en poussière, partout. Beaucoup de gens qui sont à la rue, qui n’ont plus d’habitation ».
Et c’est au cœur du théâtre Nawras, détruit déjà deux fois par les bombes, que le dernier piano à queue de concert de Gaza était à sauver. « J’ai changé toutes les cordes. Il était complément rouillé, parce que juste à côté de la mer et à l’air libre. J’ai dû tout dérouiller, chaque pièce, chaque vis. Travail mécanique aussi. On a changé les feutres des marteaux et après, ça a été du réglage, de nombreux accords. » Un travail de plusieurs semaines, effectué en dix jours seulement. Dix jours sans sortir dans la rue, au risque de représailles. La place de la femme étant particulière, mais la musique étant nécessaire. « La musique, ce n’est pas un besoin primaire. Mais, comme le disait les enfants eux-mêmes, on n’a pas besoin que d’eau et de nourriture. Ils ont aussi besoin de se nourrir différemment », continue de raconter sur Alpes 1 Claire Bertrand. « Comme disait Sarah, une jeune pianiste, ça aide à se sentir vivant ».
La musique, « ça aide à se sentir vivant »
La musique grâce à un piano tout neuf, mais dans un théâtre détruit. « Après, la question est où va terminer ce piano ? Le théâtre a déjà été reconstruit deux fois. J’ai cru comprendre que le propriétaire n’était pas d’accord pour le reconstruire tout de suite. Il parlait peut-être de reconstruire l’immeuble à côté, qui est magnifique aussi, mais encore plus détruit. Il parle de le refaire et, peut-être plus tard, mettre le piano dans cet immeuble et faire une petite salle de concert ».
Claire Bertrand reste malgré cela fière de son travail, prête à repartir. Durant cette mission, elle a été suivie par les équipes de la BBC. Retrouvez le reportage de la BBC, diffusé du 27 au 29 mars, en podcast sur le www.bbc.co.uk.
Photo DR / BBC