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Alpes du Sud : vers la fin du "tout gratuit" pour les secours en montagne ?

Alpes du Sud : vers la fin du "tout gratuit" pour les secours en montagne ?
DR PGHM Briançon

La Cour des comptes chiffre le coût des secours en montagne à près de 110 millions d’euros par an et estime qu’il devient difficile de maintenir la gratuité dans tous les cas. Elle recommande d’ici 2028 une facturation totale ou partielle des interventions et un durcissement des règles contre les comportements à risque.

La gratuité des secours en montagne pourrait vivre ses derniers mois sous sa forme actuelle. Dans un rapport publié cette semaine, la Cour des comptes juge "difficile de rester au statu quo" face à l’explosion des dépenses, et ouvre clairement la porte à une tarification des interventions, au moins dans certaines situations.

Selon la Cour, le coût global du dispositif s’élève à près de 110 millions d'euros en 2024, avec une répartition dominée par les moyens aériens (43%), devant les PGHM (34%) et les CRS montagne (18%). Cette part de l’aérien est présentée comme un facteur important de la hausse des dépenses depuis 2012.

Au total, une intervention de secours en montagne coûte “au minimum” 10 780 euros à la collectivité, un niveau jugé incompatible avec l’augmentation de la demande et les contraintes budgétaires.

Pourquoi la gratuité est remise en question

Le rapport rappelle que le principe de gratuité vise l’égalité d’accès aux secours et s’appuie sur la jurisprudence.  
Mais la Cour estime que plusieurs évolutions alimentent le débat : coût croissant, recours parfois jugé inopportun (interventions "de confort"), imprudences, et traitements financiers variables selon les situations et les territoires.

La Cour des comptes formule une recommandation explicite : “Avant la fin de l’année 2028, facturer totalement ou partiellement les interventions des services de secours en montagne”, et faire évoluer la réglementation pour sanctionner plus facilement les comportements à risque et éviter le recours abusif.

Le rapport n’impose pas un modèle unique : il évoque plusieurs scénarios, de la facturation partielle (selon l’activité ou le caractère justifié/non justifié de l’intervention) à une facturation plus large adossée à des mécanismes d’assurance, à condition de créer des grilles tarifaires et un recouvrement efficace.

Dans des départements très touristiques et de montagne comme les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence, l’enjeu est double : contenir la facture publique, sans créer d’effet dissuasif pour des personnes réellement en danger. La Cour souligne d’ailleurs que la mise en place d’une tarification se heurte à des difficultés concrètes, notamment de recouvrement, en particulier quand des touristes étrangers sont concernés.

Dans les Hautes-Alpes, département très fréquenté en saison touristique, l’activité reste soutenue, notamment autour des grands domaines skiables et des secteurs de haute montagne. Les stations de Serre Chevalier, Montgenèvre ou encore Orcières figurent parmi les zones les plus sollicitées. Les opérations en haute altitude, notamment dans le massif des Écrins, mobilisent régulièrement des moyens héliportés.

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, les secours interviennent principalement sur les domaines de Pra Loup, Val d’Allos ou encore dans les massifs plus sauvages du Mercantour et de l’Ubaye. La diversité des pratiques – ski alpin, ski de randonnée, raquettes, alpinisme – multiplie les profils d’accidents.