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Alpes de Haute-Provence : un dessin de Matisse retrouvé… roulé au-dessus d’une armoire

CULTURE / Ce dessin historique représentant le « Portrait d’Hélène Mercier, née Princesse Galitzine, assise » date de 1938. Il s’agit là du premier jet de l’artiste au décor commandé par le milliardaire Rockefeller pour son pentouse de New-York, le rendant ainsi encore plus rare

 

- Alpes de Haute-Provence - 

 

C’est un trésor de l’art français qui dormait, depuis des années, roulé au-dessus d’une armoire. Un dessin d’Henri Matisse, daté de 1938, sera mis aux enchères à Manosque le 26 juin prochain.

 

Une commande de Rockefeller à l’origine du dessin

C’est Hélène Galiztine-Mercier qui est croquée sur ce dessin de Matisse, « sa sœur gardait le petit-fils de Matisse. C’était une amie aussi de sa muse, Lydia Delectorskaya. Elle fait donc partie des modèles qui ont été fortement sollicitées par le peintre entre 1930 et 1940 », explique Jennifer Primpied-Rolland, commissaire-priseur. On retrouvera la jeune femme dans d’autres œuvres, comme Femme nue drapée, Odalisque ou bien encore Robe rouge et tulipes violettes.

Henri Matisse

 

Cette fois, Henri Matisse doit répondre à une commande. Nelson Rockefeller charge l’architecte Wallace K. Harrison de redessiner son appartement de la Cinquième Avenue à New-York. Le milliardaire achète en effet dans cet immeuble deux étages supplémentaires, le peintre français est alors chargé de décorer les encadrements pour les deux cheminées du salon, aux cotés d’un autre artiste Fernand Léger. Matisse se prépare pour ce travail, comme il a l’habitude de le faire avant d’arriver à l’œuvre définitive.

Encadrement de cheminée fait par Matisse pour Rockefeller

 

Lors du premier contact avec son modèle, il dessine au fusain. Le dessin retrouvé à Manosque pourrait bien être le premier de la série d’œuvres préparatoires, « son travail tendait vers l’épure. Plus le travail est fouillé, comme ici, plus on sait que c’est le premier jet », explique Jennifer Primpied-Rolland.

 

« Elle savait qu’elle avait une jolie image »

 

Si on pense que ce dessin a été réalisé dans le sud, il n’aurait jamais bougé. Jusqu’en 1948, il a appartenu à Matisse lui-même qui l’a offert par la suite. Puis cette œuvre a été léguée à une nonne du Couvent des Minimes « et par voie de succession, elle s’est retrouvée en la possession de la propriétaire », poursuit la commissaire-priseur. Mais la Bal-Alpine ne se doute à aucun moment du trésor qui trône, roulé au-dessus de son armoire, « elle savait qu’elle avait une jolie image, elle pensait qu’il s’agissait d’une image arrachée d’un livre ». C’est l’an dernier, alors que la maison d’enchères Ivoire à Manosque organise sa journée d’expertise que ce dessin est amené entre les mains de Jennifer Primpied-Rolland, « je connais le travail de Matisse, j’ai tout de suite compris qu’il n’était pas connu en termes de gravures et de reproductions dans les livres. Que j’avais à faire à quelque chose d’original ». Une œuvre en effet rare : modèle célèbre, œuvre préparatoire au décor commandé par Rockefeller, pièce choisie pour une publication dans les Cahiers d’Art en 1939 « et par-dessus tout, un grand dessin d’une rare qualité signé, daté, exposé et portant un numéro d’archives du photographe de Matisse au dos ».

L’œuvre sera mise aux enchères le 26 juin prochain à la maison Ivoire à Manosque, elle est estimée « prudemment » à 300.000-400.000 euros mais nul doute que les prix risquent de s’envoler.

 

C. Cava Michard