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Alpes-de-Haute-Provence : la Commission européenne saisie contre un projet de champ de tir à Jausiers

Alpes-de-Haute-Provence : la Commission européenne saisie contre un projet de champ de tir à Jausiers

Le projet de champ de tir temporaire de La Clapouse, sur la commune de Jausiers, suscite une vive opposition environnementale.

Dans un courrier dévoilé ce lundi, France Nature Environnement Alpes-de-Haute-Provence annonce avoir saisi la Commission européenne, estimant que ce projet militaire temporaire fait peser de graves risques sur un site naturel protégé.

L’association explique avoir été informée du projet de réactivation d’un ancien champ de tir de l’armée française, situé dans le vallon de Clapouse. Or, ce secteur est classé Natura 2000 au titre de la directive Habitats et jouxte le Parc national du Mercantour sur sa marge sud-est. Un environnement déjà soumis, selon FNE, à de fortes pressions climatiques et touristiques.

Dans son argumentaire, la fédération souligne que les Alpes du Sud se réchauffent plus rapidement que le reste du territoire français, avec des conséquences directes sur la faune alpine. La réduction du manteau neigeux menace notamment des espèces emblématiques comme le lagopède, le lièvre variable ou encore le tétras-lyre, qui dépendent fortement des conditions hivernales.

Le vallon de Clapouse est par ailleurs traversé par la route du col de la Bonette, présentée comme la route la plus haute d’Europe, ouverte plusieurs mois par an et générant déjà une forte fréquentation touristique. Selon FNE, cette pression réduit de fait la période de tranquillité indispensable à la faune sauvage, limitée à une partie de l’automne et de l’hiver.

L’association critique vivement le dossier d’impact environnemental du projet. Elle pointe notamment l’absence de simulation sur la masse de projectiles laissés sur le terrain. Le projet prévoirait 30 800 cartouches par saison d’exercices, soit près de 1,7 tonne de métaux par an, composés notamment de plomb, cuivre, zinc, laiton et acier. Autre point d’alerte : aucune évaluation de la masse de poudre brûlée, susceptible de se déposer dans la neige avant de contaminer les sols et la pelouse alpine, utilisée l’été par la faune et les troupeaux d’estive.

FNE relève également des lacunes dans l’analyse des impacts sur la faune, s’interrogeant sur l’absence de certaines espèces protégées, comme les aigles ou le gypaète, dans les études d’évitement. L’étude acoustique jointe au dossier est elle-même jugée préoccupante : elle conclut que les tirs auront un impact sonore audible à l’entrée du Parc du Mercantour, notamment sur les zones fréquentées par les lagopèdes, et jusqu’à la cime de la Bonette, selon l’orientation des tirs.

L’association s’inquiète aussi des risques pour les pratiquants de ski de randonnée et de raquettes, estimant que l’information du public serait insuffisante, notamment pour les itinéraires extérieurs au vallon de Clapouse, très fréquentés depuis Bayasse, les crêtes de Restefond ou du Caire Brun.

Sur le plan de la pollution de l’eau, FNE estime qu’un suivi renforcé devrait être mis en place, avec un état initial systématique avant chaque saison, incluant la recherche de métaux lourds tels que le plomb, l’antimoine, le mercure, le cadmium ou encore le nickel. Elle déplore enfin que les associations de protection de l’environnement ne soient pas intégrées au comité de pilotage du projet.

Rappelant le précédent du champ de tir du Planet, abandonné par l’armée en 2009 et laissé dans un état de pollution empêchant toute remise en exploitation agricole, FNE Alpes-de-Haute-Provence réaffirme son opposition totale au projet. "Nous souhaitons laisser cette zone en l’état, avec ses activités pastorales, ses paysages, sa flore, sa faune et son silence", conclut son président Pierre Gottardi, en appelant à l’abandon pur et simple du projet.