Alpes de Haute-Provence : Assises, "deux personnes m'ont volé mon père"

Alpes de Haute-Provence : Assises, "deux personnes m'ont volé mon père"

JUSTICE / Depuis ce lundi sont jugées par la Cour d'Assises des Alpes de Haute-Provence une mère et sa fille pour l'assassinat de Krénar Skendo, ancien légionnaire tué à coups de couteau et de massette en 2014 à Sisteron

 

- Alpes de Haute-Provence - 

 

Les témoins à la barre ce mardi, devant la Cour d’Assises des Alpes de Haute-Provence. 2ème jour de procès sur l’assassinat de Krenar Skendo, cet ancien légionnaire de 46 ans tué de plusieurs coups de couteau et de massettes à son domicile de Sisteron, rue de Marseille, le 4 juillet 2014.

 

Des femmes « tapent très fort avec un marteau sur le corps allongé »

En effet, plusieurs témoins ont été entendus par les jurés. Il a tout d’abord été question de retracer ce matin du 4 juillet 2014. En premier lieu, c’est Marie-Claire qui intervient à la barre. Cette automobiliste voit, en ce matin d’été rue de Marseille à Sisteron, un homme sortir, titubant de sa maison. Il est couvert de sang. C’est Krénar Skendo, l’homme s’effondre devant elle « la tête la première contre le portail ». Marie-Claire affirme que deux personnes sont ensuite sorties de la propriété, ont tiré l’homme par les pieds à l’intérieur de la cour puis ont tapé « très fort avec un marteau ou une masse sur le corps allongé ». Marie-Claire interpelle alors une autre conductrice, Eve, qui passe dans la rue, afin qu’elle alerte les secours. Lors de leur audition, et même à la barre ce mardi, les deux automobilistes identifient très clairement Anouk comme la première femme, celle décrite comme un peu corpulente, vêtue d’une tunique grise et beige, recouverte de sang et tenant à la main droite un marteau. Quant à la 2ème personne, au départ, les deux femmes pensent qu’il s’agit d’un homme « mince aux cheveux blonds ». L’une d’entre elle pense même qu’il est habillé de rouge, tellement la quantité de sang est importante et s’est fondue aux vêtements. Ce n’est que lorsque les enquêteurs présentent des photographies qu’elles confondent Hélène.

 

« C’était lui ou nous, il allait nous tuer »

 

Des témoignages importants car si l’épouse de Krénar Skendo a toujours affirmé qu’elle était l’auteure de l’assassinat, sa fille Hélène a toujours nié. Pourtant, Brigitte, une amie d’Anouk, explique à la barre que cette dernière lui a laissé un message vocal immédiatement après les faits : « C’était lui ou nous, on l’a tué avec Hélène, on n’a pas eu le choix. Il allait nous tuer toutes les deux ». Et puis, cette voisine qui entend des râles de douleurs et sort sur son balcon. Elle voit alors la tante d’Anouk, une femme handicapée qui est hébergée dans la maison familiale. Et alors que celle-ci veut descendre les escaliers, la voisine aperçoit Hélène qui lui demande autoritairement de monter. Hélène, cette jeune fille d’ordinaire si pâle est « couverte de sang, ses cheveux étaient rouges, sa veste claire aussi ». Un témoignage qui rejoint les expertises établissant que les traces de sang retrouvées sur les vêtements de l’accusée ne sont pas des transferts après avoir pris sa mère dans les bras, comme elle l’affirme aux enquêteurs. Ce sont des projections.

 

Une atmosphère lourde avec le témoignage des enfants de l'accusée et de la victime

Puis ensuite, ce sont des proches qui témoignent, non pas de ce jour mortel, mais de la personnalité de la victime et des accusés. Une des cousines de la famille décrit l’ancien légionnaire comme un homme « aussi charmant qu’impressionnant, avec un regard pouvant être aussi agréable que vif et menaçant ». Un époux jaloux qui pouvait devenir agressif « lorsqu’en société, on regardait sa femme ». Une jalousie confirmée par la première épouse de Krenar. Jalousie, certes, mais « il n’a jamais été agressif, il ne se serait jamais permis de frapper une femme ». Elle décrit le portrait d’un homme « travailleur, un gamin sorti de son pays, l’Albanie, tellement pudique qu’il en était bête ». Et le seul couteau qu’il détenait lorsqu’il était avec elle, c’était celui qu’il avait à la cave. Contrairement aux nombreuses armes blanches retrouvées au domicile de Sisteron.

Puis suivent la compagne d’Hélène et des amis qui dépeignent le portrait d’une jeune femme « intelligente, avenante, disponible, proche de sa famille mais ne se laissant pas marcher dessus ». Tous se succèdent à la barre, puis reviennent se placer à côté de la jeune accusée, échangeant quelques sourires ou des tapes amicales sur l’épaule ou dans la main.

 

"J'ai cru qu'il avait tué ma mère"

 

À la barre se sont également succédés ce mardi les enfants, faisant plonger à chaque fois l’audience dans une ambiance lourde de tristesse et d’émotions. Tout d’abord, Nicolas ce matin, le fils d’Anouk et demi-frère d’Hélène. Ce jeune homme de 16 ans paraît fragile. Il ne peut retenir ses larmes devant les jurés, si bien que le Président de la Cour lui apporte une bouteille d’eau. Ses propos sont hachés, entrecoupés par des pleurs. Nicolas parle de sa famille, une famille « compliquée, mais j’ai grandi avec ça ». Grandir avec ça veut dire pour lui « vivre dans sa chambre, manger dans sa chambre ». Quant à son beau-père, Krénar Skendo, c’était un exemple pour l’adolescent, mais aussi un homme « possessif, colérique, très jaloux ». Et alors que ce jour du 4 juillet 2014 le jeune homme se trouve chez un ami chez qui il a dormi, quand il apprend qu’il y a un mort à son domicile, il ne pense pas que la victime est son beau-père… « J’ai pensé qu’il avait tué ma mère », lâche-t-il dans un murmure.

 

"Deux personnes m'ont volé mon père"

 

Puis dans l’après-midi, ce sont les enfants de Krenar Skendo. Gilianne, elle, déclare vivre l’enfer depuis quatre ans, « deux personnes m’ont volé mon père, mon enfance. Je n’ai jamais pu lui dire que j’avais eu mon bac ou encore mon permis ». Son père, un homme qui lui a donné des valeurs, « il était protecteur, je n’ai plus de larmes à verser jusqu’à la fin de mes jours ». Puis c’est son frère, Mickaël, qui lui succède, il entretenait avec son père une relation proche, avec celui qui a « toujours eu le souci de suivre ce que je faisais ».

Le verdict est attendu mercredi soir.

 

C. Michard / M. Bonnefoy



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