L'invitée d'Au Bout De l'Actu : "scandale sanitaire,les laboratoires pharmaceutiques ne veulent pas tuer la poule aux oeufs d'or", M. Martin

L'invitée d'Au Bout De l'Actu : "scandale sanitaire,les laboratoires pharmaceutiques ne veulent pas tuer la poule aux oeufs d'or", M. Martin

SANTÉ / Marine Martin, présidente de l'APESAC et lanceuse d'alerte lors du scandale du Depakin. Elle est de passage à Sisteron, lieu d'implantation de Sanofi, ce vendredi pour la marche pour la santé environnementale.

 

- Alpes de Haute-Provence -

 

« J’ai culpabilisé, je me suis dit que j’avais intoxiqué mon fils » : depuis 2011, Marine Martin est devenue, plus qu’une porte-parole, un véritable symbole dans la lutte pour la transparence auprès des laboratoires pharmaceutiques. Elle dont le médecin a prescrit, pendant sa grossesse, du Dépakine, un traitement anti-épileptique de Sanofi reconnu désormais tératogène et qui causera auprès de son fils né en 2002 des troubles physiques et neurologiques. Mais il faudra qu’elle mène une lutte et une campagne d’information seule dans un premier temps, « pour cela, Google est un formidable outil », car son médecin n’est pas informé des dangers de son traitement. Mais en 2011, elle lance l’alerte.

 

« Le marché des épileptiques ou bipolaires est porteur, on ne tue pas la poule aux œufs d’or »

 

Marine Martin est désormais présidente de l’association Apesac. L’Apesac, une association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anti-convulsant et qui compte aujourd’hui 2.000 familles. Pour remettre dans le contexte, depuis peu, les anti-épileptiques (Dépakine, Dépakote, Dépamide, Keppra) sont reconnus comme tératogènes, c’est-à-dire qu’ils provoquent des défauts physiques lors d’une grossesse sur le fœtus. Il faudra attendre 2015 pour que la molécule, le valproate, ne puisse plus être prescrit aux femmes enceintes. « Selon mes études, 14.000 enfants ont été victimes de ces produits », explique t-elle.

 

Un produit reconnu dangereux depuis 1980

Une interdiction en 2015 alors que les chiffres sont parlants : selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, l’ANSM, 14.322 femmes enceintes ont été exposées au Depakin entre 2007 et 2014. Pire, ce médicament et ses dérivés qui sont commercialisés depuis 1967 sont responsables d’au moins une malformation congénitale majeure chez 2.150 à 1.100 enfants. Sans parler également des cas d’autisme. Autre élément : le risque de malformations est connu depuis les années 1980. « On ne tue pas la poule aux œufs d’or, le marché est trop porteur pour les laboratoires pharmaceutiques ». Marine Martin qui attend désormais avec impatience une étude sur les troubles neurodéveloppementaux sur ces produits, et qui aurait dû être livrée pour le second semestre 2017.

 

Un fonds d’indemnisation des victimes mis en place

424.2 millions d’euros ont été prévus sur 6 ans pour indemniser les victimes. Le montant semble énorme, pourtant, ramené au nombre de personnes touchées, les indemnisations oscilleraient entre 20.000 euros pour des dysmorphies et 400.000 euros pour des cas d’autisme…  « La fourchette est trop basse, j’ai entamé une négociation avec le gouvernement ».

 

« Ce sont vos impôts qui payent les scandales sanitaires, c’est scandaleux »

 

Depuis la fin d’année dernière, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux a commencé à étudier les dossiers des victimes de la Depakine. L’État indemnise, et devra se retourner ensuite auprès de Sanofi pour être remboursé « mais je crains que cela fasse comme pour Médiator, l’État ne s’est jamais retourné contre Servier. Je crains qu’il ne soit pas assez ferme. Ce sont vos impôts qui payent, c’est scandaleux ».

 

Un monde politique face à un conflit d’intérêts dans les scandales sanitaires

Selon Marine Martin, il est aujourd’hui difficile pour le monde politique de s’imposer face aux laboratoires pharmaceutiques « qui sont des pourvoyeurs d’emplois. Les grandes entreprises françaises font du lobbying de façon importante ». Selon elle, le changement ne viendra pas du politique « mais du citoyen » à l’image de son combat. La présidente de l’APESAC réclame désormais qu’un fonds de recherches indépendants des laboratoires pharmaceutiques soit mis en place.

 



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