Alpes du Sud : obligation de caméras dans les abattoirs dès 2018, la filière d’abattage s’inquiète

Alpes du Sud : obligation de caméras dans les abattoirs dès 2018, la filière d’abattage s’inquiète

AGRICULTURE / Après une première reculade, l’obligation de caméras dans les abattoirs dès 2018 a été votée dans la nuit de ce jeudi à vendredi au sein d’une Assemblée Nationale dépeuplée

 

- Alpes du Sud -

 

Après une première reculade, l’obligation de caméras dans les abattoirs dès 2018 a été votée dans la nuit de ce jeudi à vendredi au sein d’une Assemblée Nationale dépeuplée. Un amendement du député de Charente-Maritime Divers Gauche Olivier Falorni adopté à 28 voix pour et quatre voix contre (trois élus LR et un UDI). Un coup de théâtre car la mesure était dans un premier temps mal engagée après avoir été retoquée par la commission des affaires économiques de l’Assemblée le 14 décembre dernier, des élus PS, PS mais aussi EELV jugeant le contrôle vidéo comme coûteux et mettant trop de « pression et de contraintes » sur les salariés.

 

De la reculade à l’adoption

Alors que les députés semblaient frileux à cette mesure dans un premier temps, elle a finalement été adoptée au terme d’un accord entre le ministre de l’Agriculture, Stéphane le Foll, et le rapporteur Olivier Falorni. Un accord sur l’article 3 de la proposition de loi qui prévoyait, dans les abattoirs de boucherie de plus de 50 salariés, la présence permanente d’un agent des services vétérinaires aux postes d’étourdissement et de mise à mort ce qui aurait impliqué le recrutement de plusieurs centaines de fonctionnaires. Un article 3 finalement retiré comme d’autres propositions comme le droit de visite des parlementaires dans les abattoirs et la création de comités locaux de suivi des établissements, tout comme l’expérimentation de l’abattage mobile ainsi que l’interdiction de tuer des femelles au dernier trimestre de leur gestation.

C’est donc la mesure phare de la première proposition de loi relative au respect de l’animal en abattoir qui a été validée, une proposition qui vise à accroître la transparence et le contrôle dans les 960 établissements français de découpe, suite aux multiples scandales de maltraitance révélés par l’association L214.

 

Que prévoit la mesure ?

Suite à une expérimentation, des caméras seront installées dans toutes les zones où des animaux vivants sont manipulés, comme les lieux d’acheminement, d’hébergement, d’immobilisation, d’étourdissement, d’abattage et de mise à mort. Les images seront conservées un mois au maximum, elles ne seront visibles que des services vétérinaires et des responsables de protection animale, alors qu’une version initiale du texte prévoyait un visionnage par les directions d’établissement. Si un accord collectif l’autorise, les vidéos pourront également être utilisées à des fins de formation des salariés.

Une proposition déjà mise en place par certains abattoirs en France, mais quasiment généralisée au Royaume-Uni par exemple. Une proposition qui serait plébiscitée par les Français, selon un sondage pour la fondation Brigitte Bardot réalisé en octobre 2016, 85 % des Français se disent favorables à la vidéosurveillance.

 

Qu’en sera-t-il du texte dans quelques mois ?

La question de l’avenir de la proposition de loi est également posée. Alors qu’il ne reste que six semaines avant la fin des travaux du Parlement, elle devra être examinée par le Sénat lors de la prochaine législature, après les élections législatives et sénatoriales de juin et septembre. En présence, donc, d’un nouveau gouvernement et peut-être aussi d’une majorité différente.

 

Les réactions dans les Alpes du Sud

Joël Giraud, député PRG des Hautes-Alpes qui avait soutenu cette proposition dès le départ se montre optimiste, « il y a peu d’opposition à cette loi, qui doit maintenant être inscrite à l’ordre du jour au Sénat ». S’appuyant notamment sur les déclarations du Ministre de l’Agriculture Stéphane le Foll, qui a indiqué que des discussions pour des expérimentations étaient déjà en cours, « actons le fait que ça va se généraliser ». Un Parlementaire haut-alpin qui se réjouit et qui voit cette mesure comme une sécurisation « des personnels des abattoirs, en évitant de fausses accusations, car la grande majorité des structures adopte une démarche respectueuse des animaux ».

Quant à Christophe Castaner, député PS des Alpes de Haute-Provence, s’il avait souligné il y a quelques semaines sur Alpes 1 son « attachement à la défense de la cause animale », pour autant il n’était « pas question de filmer les employés sur leur poste de travail. » « Le droit français est clair, les caméras ne doivent pas filmer les employés sur leur poste  de travail, sauf circonstances particulières », précisait l’élu, mettant en avant le respect de la vie privée. Plutôt favorable à des « contrôles très réguliers » et un renforcement « des formations » et « une mécanisation » des tâches les plus difficiles. « S'il y a des abus, ils doivent être sanctionnés, mais je ne souhaite pas la mise en cause systématique des agents qui travaillent dans les abattoirs »,  conclut sur Alpes 1 le député.

Une adoption qui laisse par contre perplexe Bruno Villaron, 1er adjoint au maire de Digne les Bains et président du syndicat mixte de l’abattoir de la ville. Pour lui se pose la question du coût, « en particulier pour les abattoirs de proximité, cela risque d’avoir une répercussion sur les utilisateurs ». Quant à la mise en œuvre, il craint qu’elle ne soit « complexe ». Le responsable appuie également sur la présence d’un vétérinaire à Digne les Bains « les jours où il y a abattage », avançant l’idée d’un doublon dans la mesure.

Même mesure avancée par Bruno André, président de la SICABA, l’abattoir de Gap, « ras le bol de mettre du discrédit sur des gens qui font déjà un métier difficile ». Le responsable craint que la mesure ne solutionne pas grand-chose, « les services vétérinaires auront-ils le temps de vérifier des heures de films ? Cela m’étonnerait ! ». Si Bruno André voit cette mesure comme la victoire des « lobbys anti viande », il ironise en demandant « à ce qu’on aille plus loin dans chaque corps de métier où il y a suspicion de maltraitance : que l’on installe des caméras dans les maisons de retraite, les crèches, les écoles, les hôpitaux, les collectivités ».

 



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