Alpes du Sud : manque de neige, « il faut organiser dès maintenant une table ronde » pour la CGT

Alpes du Sud : manque de neige, « il faut organiser dès maintenant une table ronde » pour la CGT

ÉCONOMIE / Hiver 2016, ou quand la saison tarde à s’installer sur l’ensemble des stations : état des lieux dans nos départements, entre la carte postale hivernale pour les uns et automnale pour les autres, les saisonniers espèrent le retour rapide de la neige.

 

- Alpes du Sud -

Tout avait pourtant bien commencé cette année, avec des chutes de neige importantes et des températures basses dès novembre, augurant ainsi d’un bon de début de saison. Et puis, la nature a décidé de changer ses plans et de remettre en question l’humeur générale. Avec le retour d’une thématique hivernale bien connue : comment réaliser un bon début de saison, quand la neige n’est pas au rendez-vous et que les canons à neige ne peuvent plus prendre le relais, faute de températures suffisamment basses ?

 

Voir la réalité sans faux semblant

Outre un constat climatique et la dénonciation politique de certains, sur « l’incapacité structurelle des décideurs politiques et touristiques à se remettre en cause et à faire un minimum de prospective », la réalité consiste également à ne pas se cacher derrière un flocon et voir la réalité sans faux semblant.

Si les stations des Alpes du Sud s’en sortent mieux qu’ailleurs, les nombreux investissements réalisés en enneigement artificiel ont été balayés par le manque de neige naturelle et par la difficulté à produire de la neige artificielle, à l’image d’une station comme Ancelle. Celle qui affiche l’un des plus grands parcs de canons à neige des Alpes du Sud ne peut ouvrir à cette heure qu’une seule piste de ski alpin, sur 23 et 5 km de piste de nordique sur 15.

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Pour résumer la situation des stations dans les Alpes du Sud, il suffit de s’appuyer sur le discours de certains observateurs du développement climatique : plus les stations des Alpes du Sud sont en altitude, meilleur est l’enneigement. C’est tout l’enjeu de la communication aujourd’hui : parler de neige sur les pistes lorsque certaines stations ont du mal à ouvrir quelques pistes seulement.

 

Les stations de basses altitudes plus touchées. Doit-on parler des conséquences du réchauffement climatique ?

Un constat qui nous ramène donc à une question : les stations doivent-elles faire face aux changements climatiques ? « Tout le monde le sait, avec le réchauffement climatique, les stations de ski vont souffrir dans le futur, notamment celles qui sont à basse altitude. L’idée, c’est de discuter, dialoguer, pour, peut-être, diversifier les activités, mettre en évidence ce changement du climat au niveau des vallées alpines », déclarait en 2014 Philippe Rosselo, ingénieur en sciences géographiques et prospectives, chargé de cours à l'université d'Avignon et à l'université d'Aix-Marseille et dirigeant de l’organisme GéographR, qui était l’invité du 2ème colloque sur l’air, le développement durable et le climat dans les Hautes-Alpes.

 

Manque d’or blanc en front de neige et crispations au sommet

Mais parler aujourd’hui de manque de neige dans les stations réveille rapidement toutes sortes de crispations. Alors que les acteurs du tourisme, qui ne veulent pas entendre parler de manque de neige dans certaines stations, préfèrent voir le verre à moitié plein et invitent les journalistes parisiens à venir skier sur les pentes des stations d’altitudes,  les professionnels du terrain ne peuvent que constater la réalité. Une autre réalité même : celle de certains fronts de neige et stations qui développent une photographie plus proche d’un milieu d’automne que d’un début d’hiver.

 

Quelle situation dans les stations des Alpes du Sud ?

Outre la carte postale, pas toujours blanche, la situation est variable selon les massifs : « Si le nord des Hautes-Alpes, avec des stations comme Serre-Chevalier et Montgenèvre s’en sortent bien, le Queyras a également profité d’un bon retour d’Est. C’est le cas également des Orres, Puy-Saint-Vincent, Vars et Risoul qui sont quasiment ouvertes à 100%; En revanche dans le sud du département la situation est plus inquiétante », déclare sur Alpes 1 Isabelle Laurent, conseillère salariés et coordinatrice CGT du syndicat multipro de la Forêt-Blanche.

À l’image des stations du Champsaur, qui outre Ancelle peine à répondre à l’attente de neige, sur les trois stations de Chaillol, Laye et Saint-Léger seules 6 pistes au total sont ouvertes aux skieurs. « Du coup, les skieurs se replient sur Orcières qui propose 22 pistes », confie un professionnel du tourisme de la station.

D’un point de vue salarial, « 66% des salariés sont déjà embauchés », confie Philippe Gondre du syndicat FO dans le Champsaur. « La chance que nous avons, c’est que la plupart des saisonniers dans notre territoire ont deux métiers. Ils sont donc moins pénalisés », précise le représentant syndical. Pour autant, le 9 janvier sera la date limite d’embauche pour les stations : «  Peut-être, à cette date, il sera temps de parler de mise en activité partielle. »

Dans la station de Superdévoluy, la CGT parle directement d’une « situation catastrophique » pour les professionnels. Dès ce lundi, l’ensemble des professionnels des remontées mécaniques seront tous embauchés en activité partielle, alors qu’ils n’étaient « que 30% à être embauchés avant cette date » précise Eric Becker de FO. « Nous n’avons pour le moment pas de chiffres pour la restauration, mais on sait déjà qu’ils font face à une forte baisse », précise encore Isabelle Laurent. Autre image significative de la situation, ce musher qui nous confie s’être délocalisé sur Orcières « pour faire travailler ses chiens, faute de neige suffisante dans le Dévoluy. »

Dans les Alpes de Haute-Provence, le constat est le même : si les stations d’Allos et Pra Loup profitent d’un bon enneigement, pour des stations comme Saint-Anne, le Sauze, Chabanon ou encore Montclar la situation est plus complexe. « 50 à 80 % du personnel est sur le carreau » selon le décompte d’Eric Becker. Il constate que « les canons à neige reste la solution la plus immédiate et essentielle pour sauver les stations. »

 

Emploi saisonnier ou le thermomètre économique d’une bonne saison

Une grande partie du personnel présent dans les stations des Alpes du Sud sont des saisonniers, environ 8.000, selon la CGT. Mais conséquence du manque de neige, nombreux sont ceux qui se retrouvent sans travail, sans que l’on puisse toutefois connaitre précisément les chiffres cette année.

Dans les Hautes-Alpes, la CGT estime que 1.349 saisonniers n’avaient pas trouvé de contrat à l’issue de la saison hiver 2015. Le syndicat regrette que ces salariés soient la variable d'ajustement dans les stations. « L'employeur diffère l'embauche et le saisonnier a du mal à se faire respecter, notamment parce qu’il n’est pas toujours à jour de ses droits » , explique Isabelle Laurent.

 

C’est quoi un saisonnier ?

Baptisé ainsi parce que, selon le code du travail, leurs tâches sont « appelées à se répéter chaque année, selon une périodicité à peu près fixe, en raison du rythme des saisons, des modes de vie collectifs ou des emplois. »

Un statut et un contrat spécifique : si le contenu est sensiblement le même qu’un CDD, l'employeur a la possibilité de reporter les jours de repos des travailleurs saisonniers mais selon des règles très précises. Contrairement à un CDD classique, le travailleur saisonnier n'a pas le droit à la prime de précarité de 10% à la fin de son contrat, mais son salaire lui donne droit à la prime d'activité. 

Autre principale différence, le contrat saisonnier ne stipule pas nécessairement une date précise de début ni de fin de contrat. Le début du contrat peut être reporté en fonction des besoins, obligeant alors le saisonnier à espérer voir tomber la neige, sans perdre toute ses économies dans la location de logement. Quant à la durée minimale de l'activité, elle est imposée et la mention « en fin de saison » peut être suffisante.

 

Quelles revendications des syndicats ?

Sur le cas de l’emploi saisonnier, les syndicats se rejoignent sur une grande partie des revendications. Au-delà de se mettre autour de la table, « une idée intéressante mais qui n’aura d’intérêt que si tous les acteurs et notamment ceux de l’hôtellerie-restauration sont présents avec les services de l’État », insiste Eric Becker. Mais l’essentiel est ailleurs : « il faut actionner le levier de l’activité partielle » insiste la CGT et FO.

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D’autre part, les syndicats demandent que le ministère du travail définisse plus clairement la notion de saison. Pour Isabelle Laurent, « l’État doit faire une moyenne sur les 10 dernières année afin de fixer une règle (…) commencer une saison sans savoir si on signera pour quatre mois ou pour deux mois ce n’est pas la même chose. » Autre revendication, faire sauter le verrou de « la condition neige » dans le contrat. « Il faut que sur la close soit inscrit que même en cas de manque de neige, le saisonnier soit embauché », insiste encore la CGT.

 

Mais comment contraindre un chef d’entreprise de prendre le risque d’embaucher si la neige n’est pas au rendez-vous ?

« Il ne s’agit pas de contraindre » précise Eric Becker, mais « de se mettre tous autour de la table et sensibiliser les patrons d’utiliser l’activité partielle. » L’hiver dernier ce sont 165.000 heures d'activité partielle qui ont été accordées aux acteurs économiques, soit environ 1 million d’euro, «  et cela ne coûte rien à l’entreprise », précise Isabelle Laurent, « il faut donc que chacun s’empare de ce levier qui met à l’abri le salarié et peut lui garantir sa saison.» Enfin pour la CGT « il faut que la date maximale d’embauche soit avancée. » S’appuyant sur un cas unique en France, celui de la station de Risoul : « les contrats sont signés au plus tard entre le 15 et le 20 décembre, ce qui est loin d’être le cas ailleurs. »

 



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