Alpes du Sud : le Sénat reporte l'interdiction des « pesticides tueurs d'abeilles », qu’ont voté vos sénateurs ?

Alpes du Sud : le Sénat reporte l'interdiction des « pesticides tueurs d'abeilles », qu’ont voté vos sénateurs ?

AGRICULTURE / Le Sénat s'est prononcé jeudi dernier en faveur d'une diminution progressive des néonicotinoïdes, des insecticides jugés nocifs pour les abeilles, sans toutefois donner de date limite. Un vote qu’a suivi Jean-Yves Roux, mais auquel s’est opposée Patricia Morhet-Richaud.

 

-Alpes du Sud-

C’est l’un des grands sujets du projet de loi sur la biodiversité qui est revenu la semaine dernière au cœur du Sénat en deuxième lecture : faut-il ou non interdire les insecticides néonicotinoïdes pour protéger les abeilles et les autres insectes pollinisateurs ? Une question que les députés avaient tranchée en mars dernier votant une interdiction totale des néonicotinoïdes à partir de septembre 2018.

 

Que disent les Sénateurs ?

Le Sénat à majorité de droite quant à lui s'est prononcé pour une diminution progressive des néonicotinoïdes, mais sans fixer de date limite comme le souhaitait le gouvernement. Le dispositif initial prévoyait leur interdiction à compter du 1er juillet 2020. À l’image du sénateur PS des Alpes de Haute-Provence, Jean-Yves Roux.

La majorité sénatoriale de droite a modifié l'amendement du gouvernement en supprimant cette limite. Elle a aussi estimé qu'il y avait une contradiction dans la mesure où l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) peut interdire à tout moment l'usage de produits contenant des substances néonicotinoïdes qui présenteraient des risques avérés pour la santé ou l'environnement.

Et pour Patricia Morhet-Richaud sénatrice (LR) des Hautes-Alpes, qui a voté contre, « les parlementaires ne sont pas des scientifiques (…)  c’est bien à l’ANSES de formuler son avis sur les molécules, et s’il s’avère qu’il y a danger, alors nous demandons son interdiction immédiate. »

Un point de vue loin d’être partagé par Henri Clément, porte-parole et ancien président de l’Union nationale de l’apiculture française (l’Unaf),  « les néonicotinoïdes sont arrivés en France en 1994. Depuis lors, environ 300 000 colonies d’abeilles domestiques périssent chaque année (…) aujourd’hui il y a plus de mille enquêtes scientifiques à charge contre eux. »

 

Les néonicotinoïdes, c'est quoi ?

Imidaclopride, clothianidine, thiaméthoxame... Introduits en France en 1995, ces insecticides à large spectre appartiennent à la famille des produits chimiques nénicotinoïdes, d'une toxicité des milliers de fois supérieure aux précédentes générations.

On trouve souvent ces neurotoxiques dans les enrobages de semences (les graines sont gainées du produit avant d'être semées) ou en traitement des sols. Dans les champs traités, les plantes sont ainsi imprégnées tout au long de leur vie. Nous en consommons des résidus et les insectes pollinisateurs les butinent. L'efficacité réelle de leurs usages, préventifs et systématiques, est aujourd'hui très controversée, d'autant plus que leurs molécules persistent plusieurs années dans l'environnement.

 

En quoi sont-ils dangereux ?

Avant de parler de danger, il faut rappeler que dans le monde, plus de 85 % des espèces végétales vivent de l'action des insectes pollinisateurs dont les abeilles. Autant dire que sans abeilles, pas d'agriculture et donc, pas de nourriture. En outre, l'activité pollinisatrice des insectes a une valeur économique, estimée en 2005 par l'INRA à 153 milliards d'euros, soit 9,5 % en valeur de l'ensemble de la production alimentaire mondiale. À elle seule, une ruche peut polliniser jusqu'à 3 millions de fleurs en une journée.

Mais les abeilles connaissent depuis les années 90 un taux de mortalité élevé : 30% en moyenne, parfois 50 à 80 %. À l'origine de cette surmortalité, des parasites, comme le frelon asiatique, mais surtout l'usage des pesticides et notamment de ces fameux insecticides néonicotinoïdes, dont plusieurs études ont mis en évidence les effets désastreux dont l’ANSES qui dans son étude datée de janvier 2016 « préconise le renforcement des conditions d’utilisation des produits ».

La plateforme gouvernementale sur la biodiversité et des services écosystémiques (IPBES) dans son premier rapport, publié le 1er février 2016, quant à elle constate que les effets relevés sur les abeilles sont la désorientation, les empêchant de retrouver leur ruche, et contaminent durablement l'environnement, les cours d'eau,  la flore et la faune sauvage en passant par les sols.

Deuxième impact économique de la surmortalité des abeilles : en vingt ans, la production de miel hexagonal a été divisée par deux. Avant l'introduction des néonicotinoïdes, en 1995, les apiculteurs français produisaient plus de 30.000 tonnes de miel par an, et encore 20.000 en 2011.Tombée à un niveau historiquement bas en 2014, avec moins de 10.000 tonnes, elle est repartie à la hausse en 2015, selon l'Unaf, malgré une mortalité toujours élevée chez les abeilles. La France a produit l'an passé entre 15 et 17.000 tonnes de miel. Un volume encore insuffisant pour satisfaire la demande nationale : le pays doit importer massivement le miel qu'il consomme, soit  environ 28.000 tonnes par an.

Preuve que le sujet inquiète les citoyens, plus de 219.000 personnes ont signé la pétition lancée pour interdire les néonicotinoïdes et « mettre fin au massacre des abeilles ».

Retrouvez les explications du vote contre de Patricia Morhet-Richaud ici :



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