Hautes-Alpes : D!ci TV, scandale autour d'une subvention à Briançon ?

Hautes-Alpes : D!ci TV, scandale autour d'une subvention à Briançon ?

TLP bientôt zappé du petit écran ? D!ci TV tente sa chance… entre promesses et réalité, décryptage d’un projet qui, déjà, suscite des interrogations

Alpes du Sud – Entre heures difficiles et projet de création, la télévision locale est en pleine mutation dans les Alpes du Sud. Un débat mis sur la table, au moment où l’une des télés des Alpes du Sud est sur le point de mettre la clé sous la porte : Télé Locale Provence. Reprise il y a trois ans par un industriel, Michel Vitelli, l’entreprise a été placée en redressement judiciaire. Depuis, un repreneur s’est manifesté : TV Sud, nouveau propriétaire de LCM basée à Marseille.

En parallèle, l’ancien conseiller municipal de Gap Jean-Marc Passeron se lance dans la création d’une télévision : D!ci TV. L’assemblée constitutive aura lieu le 6 juin, pour un possible début sur la TNT dès septembre 2013. Mais quel est l’avenir de cette société «qui va bien, merci pour tout, au revoir », comme l’indique le PdG, avant de raccrocher ? Décryptage d’un projet qui en dit long et peu à la fois.

Le slogan : la proximité. La promesse : « une programmation 100 % D’Ici »

D!ci TV mise sur la proximité avec notamment «plus de 80 % de programmes locaux et régionaux », selon la plaquette (www.dici.tv). Le rêve pour tout téléspectateur désireux d’un média télévisé local. Sauf que la réalité semble tout autre… Sur 24 heures de diffusion, seules «Â 90 minutes de programmes nouveaux chaque jour » seront allouées à D!ci TV. Pour le reste, selon nos informations, le téléspectateur devra suivre les programmes de TV8 Mont Blanc, LCM, ou bien encore Télé Grenoble. Deux derniers partenariats qui restent à vérifier car selon les deux directions, « c’est encore en pour parler.»

« Une télévision au service du tourisme » : oui, mais lequel ?

Alors que Jean-Marc Passeron présente sa télévision comme LA télé des Alpes du Sud, elle ne sera en réalité diffusée que sur une partie des Hautes-Alpes et de l’Ubaye (http://www.csa.fr/Espace-juridique/Decisions-du-CSA/Appel-aux-candidatures-pour-l-edition-d-un-service-prive-de-television-a-vocation-locale-diffuse-en-clair-par-voie-hertzienne-terrestre-dans-la-zone-de-Gap). Comment les acteurs touristiques pourront dans ce contexte trouver leur place ? La réponse reste en suspend.

D!ci TV : l’aspect financier… une entreprise programmée pour être déficitaire

Contacté par nos soins, l’autre candidat, Espace Group, qui avait répondu en juillet 2012 à l’appel du CSA pour obtenir l’autorisation d’émettre s’est retiré à la dernière minute. Les raisons ? L’implication financière trop importante d’une télévision locale. Selon une étude prospective réalisée par l’entreprise, pour couvrir seulement la zone du Gapençais, le coût était de 130 000 euros par an uniquement pour la diffusion, avec une prévision de déficit de 500 000 euros sur les trois premières années. Les investisseurs de D!ci TV devront donc avoir les reins solides… mais là, un bémol : sur les huit investisseurs présentés sur la plaquette, cinq d’entre eux portent un seul nom : Jean-Marc Passeron. C’est le PdG lui-même qui est à la tête d’Alpes Investissements Médias, Société Presse Hautes-Alpes, Société Alto, Société D!ci Régie et Médias D!ci.

Et une entreprise peu soutenue…

Alors qu’une opération de souscription a été lancée et que les particuliers et les collectivités peuvent y répondre, peu d’entre elles semblent vouloir miser sur l’entreprise télévisuelle. La ville préfecture de Gap ne délibérera pas, tout comme le Conseil Général des Hautes-Alpes selon des sources proches. Seule commune qui semble s’engager financièrement : Briançon. La ville fortifiée tiendra son conseil municipal ce vendredi soir avec l’adoption d’un contrat d’objectifs de 10 700 euros par an, ce sur trois années. «Ce qui est intéressant, c’est cette proximité qui semble se mettre en place avec D!ci TV. Nous avons le devoir de nous en rapprocher », explique le maire, Gérard Fromm. Concernant l’aspect financier, « quand une chose naît, il y a des risques comme une entreprise classique. Ce sera à elle de se donner les moyens pour arriver au bout, et il faut aider les entreprises comme on l’a fait il y a 25 ans pour la radio » poursuit le maire. Une déclaration qui soulève le mécontentement de Maxime Gallice, responsable de la radio locale du Briançonnais Imagine, qui émet depuis trois ans sur le nord des Hautes-Alpes qui «n'arrive pas à travailler de façon constante avec la municipalité depuis plus de trois ans"

Une délibération qui sera donc mise au vote, et qui aura l’abstention notamment de Catherine Valdenaire, conseillère municipale d’opposition. Elle dénonce un projet «opaque. On se demande pourquoi cette délibération a lieu aujourd’hui au sein du Conseil Municipal, sachant déjà que s’il n’y a pas de synergies de territoire et une proposition financière des autres collectivités territoriales, cela ne semble pas très cohérent ». L’élue ne semble pas contre l’idée d’une télé mais craint l’instabilité financière : « on sait que ce genre de structures sur des agglomérations plus importantes ont du mal à s’équilibrer financièrement ». Même des élus au sein de la majorité ne semblent pas vouloir soutenir ce projet.

Autant Romain Gryzka, candidat de droite pour les municipales à Briançon, considère que c’est «un beau projet pour le département des Hautes-Alpes », autant il est plus partagé sur « un tel investissement au vu de l’état financier de Briançon. J’aimerais savoir quelles autres collectivités du département ont participé, et sous quelle proportion ? Car les contribuables briançonnais ne doivent pas être les seuls à mettre la main à la poche. […] Plus globalement, on peut s’interroger sur les subventions attribuées par Gérard Fromm : plus de 30 000 euros mériteraient d’être injectés dans le tissu économique et associatif, surtout en cette période de crise ».

Qui s’y frotte s’y pique…

Ceux qui étaient présentés comme des partenaires au même titre que LCM, TV8 Mont Blanc et Télé Grenoble se souviendront longtemps du passage de Jean-Marc Passeron. Un « beau parleur » selon les mots de Michel Vitelli, le PdG de Télé Locale Provence. L’industriel a eu il y a quelques mois des contacts avec Jean-Marc Passeron afin de créer un partenariat entre les deux entités. Un mariage ni prononcé ni consommé : «Il n’a aucun amour propre, j’exècre ce personnage. Il n’a pas tenu ses engagements », explique t-il.

Un projet donc flou, tout comme l’avenir de ce média… en devenir ou non. Souhaitons quand même que D!ci TV mette dans le mille plutôt que les téléspectateurs se retrouvent devant une mire vide en septembre prochain…


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